Aujourd'hui, émission en direct de la bourse du travail de Paris, ou le studio radio de la parole errante à poser ses micros le jour de l’audience décisive de Gino devant la Cour de cassation contre son extradition et nous entendrons les interventions du Comité Solidarité Budapest et de Zaïd, menacé également d'être extradé.
Partout dans le monde, nous assistons à la montée de l’extrême droite. Des partis autoritaires remportent les élections et accèdent au pouvoir. En février 2023, comme depuis plusieurs années, des néonazis de toute l’Europe s’étaient réunis à Budapest pour commémorer la SS. Les participants défilèrent en uniforme, arborant ouvertement des symboles nazis. Comme chaque année, des antifascistes de plusieurs pays manifestaient contre cet événement.
Gino a trouvé refuge en France il y a près de deux ans. En 2025, la cour d’Appel de Paris a décidé de ne pas remettre Gino à la Hongrie, estimant qu’il n’existait pas de garanties suffisantes pour un procès équitable et évoquant la possibilité d’éventuelles violations de la Convention européenne des Droits de l’Homme. La cour faisait par ailleurs part de ses réserves concernant les conditions de détention dans les prisons hongroises.
Mais aussitôt après ce refus, par une coïncidence extraordinaire, l’Allemagne a émis son propre mandat d’arrêt européen, indiquant ainsi clairement sa collaboration avec la Hongrie. La cour d’appel de Paris a brusquement décidé, contrairement à sa précédente décision de 2025, que Gino devait être remis à l’Allemagne. Ce changement de cap a de quoi surprendre. Les avocats de Gino se sont alors pourvus en cassation ; la décision sera rendue ce 30 septembre.
Or, si c’est désormais la justice allemande qui le réclame, l’enquête a été effectuée par la police de Viktor Orban. La Cour d’appel de Paris a beau affirmer que "La procédure d’enquête hongroise n’a ni été transmise par les autorités hongroises ni effectuée par les autorités allemandes », on peine à comprendre, à travers cette prose artificieuse, qui pourrait alors avoir mené l’enquête ! La cour d’Appel évoque des "décisions d’enquête européenne." Cette terminologie ne doit cependant pas nous tromper : une décision d’enquête européenne n’est rien d’autre qu’une décision prise par la justice d’un pays (en l’occurrence l’Allemagne) qui demande à la police d’un autre pays (en l’occurrence la Hongrie) d’effectuer des actes d’enquête. La vie des gens ne peut pas être mise à la merci des mots.
Le mandat d’arrêt européen ne saurait être une procédure automatique, ignorant les réalités politiques. Tandis que partout l’extrême droite prospère, si l’on veut protéger les libertés publiques et les droits fondamentaux, il faut que le juge n’abdique pas son contrôle. Le fait de vouloir remettre Gino à la justice allemande bien que l’enquête soit hongroise, c’est tolérer une justice de façade, c’est accepter de remettre un prévenu à la justice allemande afin qu’il soit jugé sur la base d’une enquête effectuée par un État autoritaire.
Dans la même affaire, en juin 2024, une camarade de Gino a été remise par les autorités allemandes à la Hongrie sans aucun scrupule et sans attendre la décision de la Cour constitutionnelle fédérale, qui jugera d’ailleurs cette extradition illégale. Trop tard, Maja purge désormais une peine de huit ans de prison en Hongrie, dans des conditions d’incarcération effroyables.
L’antifasciste Zaid A. comme Gino, est également réclamé par la Hongrie. Sa famille a fui la Syrie dans l’espoir de trouver refuge au sein de l’Union européenne. Si la France le remet à la Hongrie, il risque non seulement un jugement et un emprisonnement inique, mais une expulsion vers la Syrie.
Ainsi, l’affaire Gino vise bien plus qu’un seul prévenu. Elle concerne le traitement politique des militant.es antifascistes en Europe et ailleurs : des poursuites pénales transfrontalières participent à une politique répressive qui tend à se généraliser. Elle concerne notre opposition à l’extrême droite.